L’homme de l’aéroport

L’homme de l’aéroport

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Photo DR : La Dépêche

Homélie pour le 13e dimanche ordinaire, A

 

2 Rois 4,8-11.14-16a / Psaume 88(89) / Romains 6,3-4.8-11 / Matthieu 10,37-42

 

> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :

 

 

Chers Amis,

 

La scène que je vais vous raconter – et qui est authentique – se passe dans un aéroport du sud de la France, il y a quelques années. Je m’apprêtais à prendre l’avion pour rejoindre la Suisse et je venais de passer laborieusement les contrôles de sécurité – vous savez c’est un chemin de croix quasiment aujourd’hui que ces contrôles de sécurité dans les aéroports, il faut enlever ses chaussures, sa ceinture, ses clés, ses stylos… on ne nous demande pas encore de passer en caleçon mais ça va finir par arriver !

 

Je vois qu’un homme m’observe alors que je suis en train de me rhabiller. Comme j’enfilais la petite croix de bois que je porte par-dessus mes habits, il vient vers moi et m’apostrophe :

 

« Ha ! Voilà bien les prêtres d’aujourd’hui ! me dit-il. Si vous aviez porté une soutane, mon Père, vous n’auriez pas eu toutes ces difficultés. On vous aurait laissé passer ! »

 

Sur le moment, je vous avoue que j’ai été choqué par ce que disait cet homme.

 

Ainsi un prêtre « habillé en religieux » serait mieux traité dans un aéroport que n’importe quel passager lambda ? Mais voilà qui serait totalement injuste ! Nous ne sommes pas au-dessus des autres, nous autres prêtres, au contraire ! Nous sommes au service des autres, nous devons passer après les autres, en aucun cas avant. En aucun cas bénéficier de je ne sais quel privilège !

 

Cet homme ne me semblait pas avoir compris grand-chose au fait d’être prêtre, serviteur de tous et non pas prince de l’Eglise à qui l’on devrait des égards au nom de je ne sais quelle dignité supérieure.

 

Je ne connais rien de supérieur, personnellement, je ne sais pas vous, chers Amis, à la dignité intrinsèque de chaque être humain, quel que soit son métier, quel que soit son habillement, quelle que soit la couleur de sa peau, quelle que soit son identité, quelle que soit sa vocation.

 

Cet homme ne me semblait pas non plus avoir compris grand-chose à la spiritualité de l’accueil inconditionnel de chacun.

 

En termes d’accueil, il me semblait en être resté à notre première lecture tirée du livre des Rois, de l’Ancien Testament.

 

Que disait ce texte ? Une femme riche accueille un homme sous son toit. Elle s’aperçoit que ce n’est justement pas n’importe quel voyageur lambda mais un homme de Dieu, un prophète.

 

Et du coup, elle demande à son mari de le traiter au mieux, ce prophète. Petite chambre spécialement confectionnée sur la terrasse réservée pour lui à l’année pour qu’il se sente accueilli selon son rang.

 

Aurait-elle fait la même chose pour un mendiant, cette riche femme de Sunam ? Pas sûr, n’est-ce pas ?

 

Elle sera pourtant récompensée pour son accueil qui est beau. Et c’est bien ainsi, qu’elle soit récompensée !

 

Elle fait partie de ces personnages de l’Ancien Testament qui accueillent, et Dieu sait s’il y en a qui accueillent magnifiquement.

 

C’est bien, l’Ancien Testament, je ne vais pas vous dire le contraire après quelques jours de session biblique ici, à la Pelouse, où nous l’avons travaillé aussi ensemble.

 

Il y a des accueils remarquables, Abraham avec ses trois mystérieux visiteurs par exemple.

 

Mais on ne peut lire l’Ancien Testament qu’en considérant que le Nouveau y est caché, que le Nouveau l’éclaire d’une lumière particulière. On ne peut lire l’Ancien Testament qu’en le reliant avec l’histoire du Christ, qu’en l’interprétant avec des lunettes chrétiennes qui changent tout, qui éclairent ces pages d’une lumière toute nouvelle.

 

C’est ce à quoi nous invitait Paul, dans la deuxième lecture, il nous invitait à porter un regard nouveau, à mener une vie nouvelle.

 

En termes d’accueil, l’Evangile précisait les choses avec le Christ « qui vous accueille, disait-il, m’accueille ». Pas de différence, qui que ce soit.

 

Accueillir un réfugié qui a péniblement traversé la Méditerranée, c’est accueillir le Christ.

 

Accueillir Donald Trump en visite diplomatique, c’est accueillir le Christ aussi ! eh oui… Nous sommes invités à ne pas faire de différences. Contrairement à ce que – peut-être – nos mauvaises consciences nous suggèrent, nos préférences nous suggèrent…

 

Parce que Dieu, lui, ne fait pas de différences. Qui vous accueille m’accueille, disait Jésus, et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé.

 

Peu importe l’habit, peu importe l’apparence, peu importe ce que nous savons ou croyons savoir de cette personne, peu importe ce que nous en disent les médias. C’est Dieu que nous accueillons à travers chaque visage que nous croisons.

 

Voilà, notamment, je le crois chers Amis, ce à quoi nous invitent les textes de ce dimanche.

 

Et c’est intéressant en ce 2 juillet, c’est intéressant au seuil de l’été. Souvenons-nous, pendant les semaines qui vont suivre, que Dieu habite chacun des visages que nous allons accueillir ou découvrir, selon que nous recevrons ou voyagerons.

 

Je pensais à tout cela, ce jour-là à l’aéroport, tandis que je remettais ma ceinture, face à cet homme qui venait de m’interpeller et qui m’avait un peu heurté.

 

Mais alors que je brûlais d’envie de lui expliquer l’Evangile, je me suis soudain rappelé que derrière son visage à lui aussi se trouvait Dieu. Forcément.

 

Alors j’ai souri, je lui ai serré la main, heureux d’avoir croisé Dieu sur mon chemin.

 

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La Pelouse s/Bex, dim. 2 juillet 2017, 9.00 (radiodiffusé sur RTS Espace 2)

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