On ne le baptise pas, il choisira plus tard…

On ne le baptise pas, il choisira plus tard…

Photo DR : catholique-nancy.fr

Homélie pour le Baptême du Seigneur, année C

Isaïe 42,1-4.6-7 / Psaume 28 / Actes 10,34-38 / Luc 3,15-22

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...« On ne veut pas le baptiser, il choisira plus tard quand il sera grand, de quelle religion il veut être »...

Vous avez sûrement déjà entendu cette phrase autour de vous, chers Amis... On a parfois un peu de peine à répondre à ces personnes...

Habituellement, quand j'entends cette phrase, je leur dis : « Surtout, ne lui apprenez pas le français. Il choisira plus tard, quand il sera grand, la langue qu'il veut parler. »

Et là, il y a souvent un grand silence.

La religion, c'est la langue de l'esprit et du coeur. Ce serait vraiment trop bête d'en apprendre une, n'est-ce pas ? Et de transmettre celle qu'on connaît... notre langue maternelle de l'esprit.

Il ne viendrait pas à l'idée d'une maman de ne pas apprendre à son enfant à dire « je t'aime » dans sa langue maternelle. Comment se fait-il alors qu'il ne vienne pas à l'idée de ces mamans-là d'apprendre à leurs enfants comment Dieu dit « je t'aime », dans sa langue à lui ? Par les sacrements, par le baptême notamment.

Alors là, souvent, les parents me disent : « Oui mais il n'a pas besoin d'être baptisé pour apprendre le christianisme ! » C'est vrai, en théorie, c'est vrai. On peut apprendre dans les livres. Baptiser lui permettra simplement, en plus, de pratiquer.

Vous pouvez apprendre le ski dans un bouquin... Mais le jour où vous prenez les remontées mécaniques et que vous commencez par un champ de bosses – genre le Mont-Fort par exemple – c'est là que vous découvrez que la théorie des meilleurs bouquins du monde ne vous apprend pas tout. Faut pratiquer, ça change tout. Et puis c'est quand même un peu plus joli que dans un livre...

Alors puisque nous fêtons le baptême de Jésus, chers Amis, quelques réflexions sur le baptême. Je suis certain que vous connaissez déjà, tous, ce que je vais vous dire... mais l'expérience me prouve que mes certitudes ne se vérifient pas toujours...

Vous le savez, donc, c'est notamment par les sacrements que Dieu nous dit « je t'aime ». C'est une de ses manières de nous le dire.

A chaque eucharistie, à la confirmation, au mariage de deux fiancés, à l'ordination d'un diacre, d'un prêtre ou d'un évêque, lors de chacune de nos réconciliations avec Dieu aussi, et jusque dans le sacrement des malades, il nous dit « Je t'aime ». Et bien sûr lors du premier de tous les sacrements, le baptême.

Le baptême, c'est la porte d'entrée dans la famille des Chrétiennes et des Chrétiens. Nous y avons tous passé. Ainsi le baptême nous fait entrer dans une grande famille, hein ! 2,4 milliards de personnes aux statistiques de l'été dernier – je parle bien des Chrétiens, pas seulement des Catholiques.

Les Chrétiens ce sont les Réformés, les Orthodoxes, les Anglicans, les Catholiques orientaux dont on parle beaucoup, avec la Syrie notamment, les Catholiques romains comme nous... Eh bien, en tout, les Chrétiens, nous sommes 2,4 milliards, c'est quand même pas mal ! C'est la troisième famille de la terre après celle des femmes et celle des hommes, c'est pas rien !

Nous entrons dans cette famille par le baptême. Notre baptême, avec de l'eau et au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit est commun à tous les Chrétiens. Que l'on soit Orthodoxe, Réformé, Anglican, Catholique, on est baptisé ainsi, et c'est ainsi que l'on entre dans la famille des Chrétiens.

Plus tard, c'est la Confirmation qui va colorer notre baptême, nous dire Catholique ou Réformé ou Orthodoxe... mais le baptême, lui, il est commun, il nous fait entrer chez les Chrétiens.

Et comme à chaque sacrement, c'est le Christ qui agit au travers du ministre. C'est le Christ qui nous baptise, qui nous donne la communion, qui nous confirme, qui nous marie, qui nous ordonne, qui nous réconcilie, qui nous donne la force de traverser une maladie, par l'onction. C'est à chaque fois le Christ !

Et ce, quelle que soit la dignité de son serviteur. St Augustin le disait très bien : «  Pierre baptise, Judas baptise, c'est le Christ qui baptise. » Heureusement pour moi, d'ailleurs, que la dignité du prêtre importe peu ! Et heureusement pour vous ! A travers chaque prêtre, chaque diacre, chaque évêque, c'est le Christ qui agit.

C'est pour cela que le baptême est éternel d'ailleurs : parce qu'il est donné par le Christ, non par le ministre.

On peut pas reprendre le cadeau que nous a fait Dieu. Lorsque vous voyez sur certaines affiches parfois « Débaptisez-vous », c'est une énorme absurdité : c'est impossible !

Vous pourriez aller trouver le pape François qu'il ne pourrait pas vous « débaptiser ». C'est Dieu qui vous a offert ce cadeau-là, aucun humain, fût-il Pape, ne peut rayer ce don.

Un des symboles du baptême, c'est l'eau. L'eau qui nous lave, qui nous fait renaître une deuxième fois, dans l'Esprit, nous sommes consacrés par l'Esprit comme le disait la deuxième lecture. C'est l'Esprit qui vient en nous au moment du baptême, c'est pas rien !

Paul dit qu'au baptême, vous l'avez entendu, nous renaissons de l'eau et de l'Esprit. Cet Esprit qui prend la forme d'une colombe, dans le récit du baptême selon l'Evangile de Luc que nous avons ré-entendu tout à l'heure.

Pourquoi une deuxième naissance ? Nous avons des parents bien terrestres. Mais nous avons, par le baptême, une deuxième naissance, nous recevons un Père des cieux. Et nous devenons ses enfants, jusqu'à le prier en l'appelant « Notre Père ».

Souvenez-vous de la parole venant du ciel, au baptême de Jésus : « C'est toi mon fils bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour. » Et à chaque baptême, Dieu le redit. Il l'a redit pour chacune et chacun de vous. « Monique... c'est toi ma fille bien-aimée, en toi j'ai mis tout mon amour. » « Georgie... c'est toi mon fils bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour. » Et ça marche avec tous vos prénoms. Y compris les plus farfelus, hein !

On s'offusque des fois de certains prénoms, un peu originaux, un peu bizarres, en disant que ce ne sont pas des prénoms de saints. Mais comment voulez-vous qu'il y ait un jour une sainte Myrtille si personne ne s'appelle Myrtille ? Elle a aucune chance de devenir sainte, la pauvre... C'est pas si bête !

La couleur des baptisés, c'est celle de la lumière, le blanc. Et du début à la fin de la vie du Chrétien le blanc est présent.

La robe du baptême, la robe de mariée qui rappelle son baptême – faut le redire, ça hein : ça n'a rien à voir avec la pureté éventuelle de la personne, le blanc de la robe de mariée, c'est son BAPTÊME. C'est d'ailleurs pour ça aussi que les mariés hommes s'habillaient aussi en blanc, normalement : c'est le signe de leur baptême, c'est pas autre chose... faut peut-être le redire autour de nous, de temps en temps...

Et le blanc continue dans la vie du Chrétien : l'aube des premiers communiants, bien sûr, ou des servants de messe, et jusqu'au linceul de nos défunts. Il ne nous viendrait pas à l'idée de les envelopper dans du rouge ou dans du fuchsia ! C'est dans du blanc ! Et c'est à cause de leur baptême, mais oui !

Il y a même des termes plus étonnants... La « nuit blanche », vous savez que c'est un terme chrétien ? Eh oui ! C'était la nuit que passaient jadis les chevaliers juste avant de recevoir leur adoubement. Ils passaient une nuit entière, à genoux dans une chapelle comme celle-ci, en blanc, en aube. Et on appelait ça la nuit blanche. C'est devenu, depuis, par extension, une nuit où on dort pas. Beaucoup moins priante, hélas, aujourd'hui... Mais c'est un terme chrétien, faudrait peut-être le redire à nos jeunes ! La « nuit blanche »...

Et mon habit, alors ? Ben c'est la même chose ! Les diacres, les prêtres, les évêques, les servants d'autel portent l'habit blanc pour signifier qu'ils sont baptisés. Vous pourriez d'ailleurs toutes et tous porter une aube pour venir à la messe. Ah si on sortait dans le village habillés comme ça, ça ferait un petit peu « secte » sur les bords, évidemment. Mais c'est l'habit des baptisés, vous avez tous droit de porter une aube.

Et même le terme de « aube » le dit. Ça veut dire « blanc », en latin, « alba ». Dire « une aube blanche », c'est un pléonasme, c'est comme dire « monter en haut » ou « descendre en bas ». Ou que le plus bel endroit de la terre, c'est le Valais. Pléonasme ! Une aube blanche, c'est un pléonasme. « Alba », « Aube » ça veut dire « blanc ». Un « album » c'est un livre blanc que l'on va pouvoir remplir. Ça vient de là.

Et ça alors ? [montrant l'étole] Est-ce un symbole de pouvoir sur les autres baptisés ? Mais non... Regardez... [la mettant en linge autour du bras] ça ne vous rappelle rien, mis comme ça ? C'est le signe du serviteur ! Exactement comme quand vous allez au restaurant. Cela signifie que le prêtre est votre serviteur. Ce n'est pas un signe de pouvoir sur vous, mais un signe de service. Faudrait peut-être le rappeler à certains de mes confrères... pas ici, hein, plus loin...

Ça signifie que nous prenons la place du Christ, du Serviteur, au milieu de la communauté, comme serviteurs. « Voici mon Serviteur que je soutiens », disait le prophète Isaïe dans notre première lecture, ce soir.

C'est tout cela, la symbolique du baptême, voyez... Et bien plus encore ! Faudrait passer toute la soirée, nous n'avons pas le temps.

Et si toutefois l'une ou l'autre de ces petites choses vous était inconnue avant ce soir, retenez au moins celle-ci : le baptême, c'est le plus beau cadeau à faire à un être humain, à fortiori à un enfant. C'est lui dire « je t'aime » de la part de Dieu, c'est lui apprendre la langue que Dieu parle.

Redisons-le autour de nous, chers Amis, notamment quand nous entendrons « on ne le baptise pas maintenant, il choisira plus tard... ». Ré-expliquons tout cela !

Parce que c'est aussi notre rôle de baptisés que de proclamer les merveilles de Dieu autour de nous, la nécessité de ses cadeaux.

C'est aussi ce que disait le prophète Isaïe tout à l'heure, en nous envoyant crier la bonne nouvelle du haut de nos montagnes !

Alors...soyons de vrais baptisés, chers Amis ! Redisons autour de nous la beauté de nos symboles, et notamment tout ce qui entoure le baptême.

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Champex-Lac, samedi 9 janvier 2016, 17.00 (version enregistrée)

Euseigne, dimanche 10 janvier, 18.00

 
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Vincent Lafargue janvier 10, 2016 Actu, Bible, Fêtes, Homélies, Noël