Tarte, veste et dénigrement

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Photo DR : montage cuisineaz.com et amazon.fr

 

Homélie pour le 30e dimanche TO, année A

 

Exode 22,20-26 / Psaume 17 / 1Thessaloniciens 1,5c-10 / Matthieu 22, 34-40

 

> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :

 

 

Chers Amis,

 

Cette semaine, une paroissienne me croise et me dit :

 

–      Vous savez, j’ai pas osé vous le dire à la sortie de la messe l’autre jour, mais vous avez une très jolie veste !

 

Bon, je l’ai remerciée, bien sûr. Tout en lui disant que ma veste en daim était un cadeau qu’on m’avait fait. C’est ainsi d’ailleurs de la quasi-totalité de mes vêtements.

 

Quoi qu’il faut se méfier de ce genre de cadeau, depuis l’affaire François Fillon en France… se faire offrir une veste c’est dangereux ! Mais ce cadeau n’a pas le même nombre de zéros il faut avouer…

 

Je lui dis, donc, qu’en l’occurrence c’est un cadeau. Et elle me dit :

 

–      Oui, j’imagine bien !

 

Et quelques minutes plus tard, je me suis dit : « Mais pourquoi m’a-t-elle répondu ‘oui, j’imagine bien’ » ? Ne serait-il pas normal qu’un prêtre comme chacune, chacun de vous, puisse s’acheter une jolie veste ? Est-ce forcément un cadeau ? Quelle étrange réponse…

 

Alors je ne parle pas d’une veste hors de prix, bien sûr, tape à l’œil, non ! Une veste élégante, simple, jolie. En quoi serait-ce mauvais qu’un prêtre puisse s’en acheter une ?

 

Je me suis toujours élevé contre cette étrange coutume chrétienne qui voudrait que, si l’on est un bon religieux, on se dénigre complètement en matière d’habillement.

 

Notre ancien évêque, Mgr Brunner, avait d’ailleurs un witz à ce sujet : il avait l’habitude de dire que sur une photo de confirmation ou de première communion, on reconnaît tout de suite le curé – c’est le seul qui est habillé comme un paysan.

 

C’est pas très sympa pour les paysans, évidemment. Mais Mgr Brunner avait – hélas – bien souvent raison.

 

C’est vrai aussi qu’à force de voir certains prêtres dénigrer complètement leur habillement, on comprend qu’il y ait de plus en plus de personnes qui viennent à la messe le dimanche négligées.

 

Paul le disait très bien dans la deuxième lecture, les gens imitent leurs pasteurs, c’est humain. Autant que les pasteurs fassent un peu attention à leur habillement, donc. Sans être pour autant tape-à-l’œil, évidement.

 

Etre chrétien, Chers Amis, à fortiori religieux, ce n’est pas se dénigrer soi-même, justement pas. Et l’Evangile d’aujourd’hui nous le redisait très clairement.

 

Alors là, vous êtes en train de vous dire : « Mais, est-ce que l’Evangile parlait de costume ? ça ne m’a pas frappé… » Vous auriez raison, d’ailleurs, l’Evangile ne parlait pas de costume. Et pourtant l’Evangile vous demande – vous commande même – de ne pas vous dénigrer. En quel sens ?

 

Quel est le grand commandement, demande-t-on à Jésus, et il répond, vous connaissez cette phrase par cœur, et nous l’avons ré-entendue : « Aime ton prochain comme toi-même. Et aime le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit. »

 

Aimer le Seigneur, ça va, on sait faire. D’ailleurs, vous êtes là pour ça.

 

Aimer notre prochain, ça va aussi. Avec le nombre de bulletins de versements qu’on reçoit pour aider telle ou telle association, venir en aide à tel ou tel pays suite à tel ouragan ou telle catastrophe, aimer notre prochain c’est dans notre boîte aux lettres presque tous les jours maintenant. Donc, on sait faire, aussi. Et si l’on se dit chrétien, c’est normal d’aider. A notre mesure, on ne peut pas répondre à tout le monde, évidemment.

 

Une dame ce matin m’envoie un SMS pour me dire qu’elle a de la peine à payer son électricité, qu’elle a besoin de 400.-… Elle habite Fribourg, cette dame ! Si je me mets à aider toutes les personnes de Suisse Romande qui n’arrivent pas à payer leurs factures, il ne va pas me rester grand-chose à la fin du mois, ni pour acheter une veste ni pour acheter à manger.

 

Mais si l’on est chrétien, on aide, c’est normal.

 

L’extrait du livre de l’Exode de ce matin, d’ailleurs, la première lecture, le disait très bien. On nous rappelait l’importance du partage avec l’immigré, le pauvre, la veuve, l’orphelin. On partage, c’est normal si l’on est chrétien.

 

Dans la deuxième lecture, Paul le disait aussi d’ailleurs à sa manière. Lorsqu’il remerciait de l’accueil dont il avait bénéficié, lui l’étranger. Si l’on est chrétien, on accueille la personne différente – pas seulement étrangère en termes de pays…

 

Donc, aimer Dieu, ça va. Aimer notre prochain, ça va. Jusque-là, tout va bien.

 

Mais Paul parlait d’aimer Dieu en vérité. C’est-à-dire entièrement, comme nous le suggère Jésus. Et Jésus n’arrêtait pas sa phrase à « Aime le Seigneur et aime ton prochain ». Il disait « Aime ton prochain COMME TOI-MÊME ».

 

Jésus nous dit ce ‘comme toi-même’ que nous avons tendance un peu à oublier.

 

Il s’agit d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Ce qui veut dire que celui ou celle qui se dénigre aura tendance à dénigrer son prochain, eh oui.

 

…Et cette personne qui se dénigre aura tendance à dénigrer Dieu aussi, car Jésus nous dit bien que ce commandement est SEMBLABLE au premier « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ».

 

Et effectivement, ne vous en déplaise, se dénigrer c’est dénigrer Dieu. Parce que se dénigrer soi-même c’est dénigrer la créature de Dieu que vous êtes, et donc c’est dénigrer son Créateur.

 

Aime ton prochain COMME toi-même. Ce n’est pas qu’une jolie formule, c’est – dit Jésus – le plus grand des commandements. Le plus essentiel, le plus important.

 

Ça veut dire aussi, Chers Amis : sachons accueillir les mercis, les compliments, sans choper pour autant la grosse tête évidemment, mais sans nous dénigrer ! Ainsi nous pourrons aimer l’autre tel qu’il est. Sans quoi nous risquons de rabaisser l’autre aussi.

–      Merveilleuse, ta tarte aux pommes, Grand-Maman !

–      Oh tu sais, c’est rien…

 

Mais non, c’est pas RIEN ! Qu’est-ce que c’est que cette réponse « c’est rien »… Voilà une magnifique manière de se dénigrer soi-même, « c’est rien » !

 

–      Bah non, c’est pas « rien », c’est une tarte aux pommes, déjà… et moi, j’aime beaucoup ça ! Et puis ensuite c’est toi qui l’as faite, Grand-Maman, c’est pas « rien » !

 

Vous voyez, jusque dans nos tics de langage parfois, on a ce dénigrement qui vient insidieusement.

 

Je me méfie pour ma part autant des gens qui ont la grosse tête – et Dieu sait si j’en connais, j’ai qu’à me mettre devant le miroir le matin pour en trouver une – je me méfie autant des gens qui ont la grosse tête que des gens qui se dénigrent systématiquement.

–   Joli costume, dites-moi !

–   Oh, vous savez, j’ose pas le mettre.

 

Ben c’est absurde ! Autant ne pas l’avoir, du coup !

 

Qu’est-ce que nous croyons, avec ça ? Que notre Dieu préfère amplement nous voir dans un vieux chandail rapiécé à la messe le dimanche plutôt qu’en beau costume ? Mais au secours ! Notre Dieu aime la beauté. Heureusement qu’il y a encore des gens qui s’habillent bien le dimanche ! Regardez-vous d’ailleurs !

 

Dieu aime la beauté, chers Amis. Alors de grâce, ayons une juste et saine estime de nous-mêmes, sans avoir la grosse tête mais sans nous dénigrer.

 

Parce que Dieu nous a faits à son image, c’est pas rien ! Et il demande qu’on s’aime soi-même aussi, qu’on s’accepte tel qu’on est, parce que c’est à ce prix, et à ce prix seulement, que nous pouvons aimer notre prochain tel qu’il est, à sa juste valeur, et donc que nous pouvons aimer Dieu, aussi.

 

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Vex, samedi 28 octobre 2017, 18.30

Les Haudères, samedi 28 octobre 2017, 20.00

Evolène, dimanche 29 octobre 2017, 10.00

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