Tous appelés à la sainteté, sans tiédeur

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Homélie pour la Solennité de Tous les Saints

 

Apocalypse 7,2 – 14  /  Psaume 23  /  1Jean 3,1 – 3 / Matthieu 5, 1-12a

 

> Une homélie n’est faite ni pour être lue ni pour être vue en vidéo, c’est un exercice oral. Vivez l’expérience pleinement en l’ECOUTANT :

 

 

Chers Amis,

 

 

Tout dernièrement, j’ai entendu une petite dame s’adresser à l’une de ses copines dans la rue à mon sujet. Elle se plaignait de moi : « Vous vous rendez compte de ce qu’il a dit, le curé ? Un langage si dur dans la bouche d’un homme de Dieu ? Je suis choquée ! »

 

Moi c’est l’inverse qui me choque, chers Amis. La tiédeur. Particulièrement chez les hommes de Dieu. Les hommes de Dieu tièdes, ceux qui sont gentils avec tout le monde, vous savez ? Ceux qui ne sont ni pour ni contre, mais alors bien au contraire ! Ceux qui n’ont jamais de sainte colère, ceux qui n’ont jamais de coups de gueule, ceux qui sont consensuels en toute circonstance. Ceux-là me choquent. Et ils choquent Dieu aussi.

 

Oh ce n’est pas moi qui le dis, c’est le livre de l’Apocalypse – dont nous avons lu un extrait en première lecture.

 

Dans ce livre est écrit : « Le Christ vomira les tièdes. »

 

…Le Christ vomira les tièdes…

 

Si l’on veut être chrétien à la suite du Christ, on peut parfois être brûlant de lui, parfois avoir des réactions glacées, mais pas tièdes, chers Amis, jamais, jamais…

 

Le Christ vomira les tièdes.

 

Jésus avait ses coups de gueule, je vous signale. C’est à coups de fouet qu’il a chassé les marchands du temple, jadis. A coups de fouet, nous dit l’Evangile.

 

J’aurais bien voulu voir la petite dame en question, si elle avait là il y a 2000 ans devant Jésus avec son fouet. « Oh mais des choses pareilles de la part d’un homme de Dieu… je suis choquée ! »

 

Oui… mais c’est Jésus, hein… Il est loin d’être fleur-bleue, Jésus, dans ses réactions. Il a parfois des paroles de feu.

 

Et il a choqué bon nombre de bien-pensants de son époque. Quand il traitait certains d’hypocrites, de langues de vipères, de squelettes blanchis, vous avez tout ça dans vos Bibles… ça n‘est pas vraiment le « langage d’un homme de Dieu » tel que l’entendait ma petite dame… et pourtant c’est le langage de Jésus.

 

Et il nous invite non pas à être méchants avec nos prochains mais à avoir un langage engagé, franc, fort. Il n’y a pas de demi-mesure si l’on veut suivre le Christ. Il vomit les tièdes.

 

Or on pourrait facilement confondre « attitude chrétienne » avec une sorte de mièvrerie, de gentillesse en toute situation. C’est faux ! Une attitude authentiquement chrétienne c’est une attitude qui suit le Christ authentiquement. Or le Christ n’était pas mièvre.

 

Une attitude authentiquement chrétienne, ça peut amener à être doux, l’Evangile d’aujourd’hui le rappelait : « Heureux les doux ! ». Ça ne veut pas dire qu’il faut être doux en toute circonstance !

 

Cela peut aussi amener aussi à être fort, à taper du poing sur la table lorsqu’il le faut. Et le Christ l’a fait.

 

Pourquoi est-ce que je vous dis cela en ce jour où nous célébrons tous les Saints ? Parce qu’il en va exactement de même avec la sainteté, chers Amis.

 

Nous avons souvent une idée un peu mièvre de la sainteté.

 

Beaucoup de personnes – j’espère que ce n’est pas votre cas – mais beaucoup de personnes croient encore aujourd’hui qu’un saint, c’est un homme parfait ; qu’une sainte, c’est une femme parfaite.

 

D’ailleurs, lorsque quelqu’un n’est pas vraiment parfait, on dit volontiers de lui : « Oh vous savez, c’est pas un saint ! »

 

Mais le fait qu’on dise du mal de quelqu’un en fait peut-être justement une personne plus sainte que nous.

 

Et ça non plus, c’est pas moi qui le dis, c’est l’Evangile. L’Evangile d’aujourd’hui.

 

« Bienheureux êtes-vous, disait Jésus dans l’Evangile, si l’on vous insulte, si l’on vous persécute, si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. »

 

Quelqu’un dont on dit du mal parce qu’il a parlé au nom du Christ, ce quelqu’un est peut-être bien plus saint que la personne qui dit du mal de lui… eh oui.

 

Faudrait peut-être le redire autour de nous, ça ! Faudrait peut-être redire autour de nous que, non, une sainte n’est pas une femme parfaite, un saint n’est un homme parfait. En aucun cas. Et d’ailleurs l’Eglise n’a jamais écrit cela, jamais.

 

Et pour cause ! Puisque l’Eglise nous appelle TOUS à la sainteté. TOUS ! Vous et moi. Or vous n’êtes pas parfaits… ? Moi non plus !

 

Ah non, non, moi, si les critères de sainteté étaient relatifs au caractère, j’aurais aucune chance… Avec le foutu caractère que je me trimbale, aucune chance d’être canonisé un jour, alors zéro !

 

Je vois bien les futurs paroissiens d’Hérémence, si par hasard un jour Rome ouvrait mon procès en béatification, je les vois bien aller trouver au Vatican les gens, là-bas, et leur dire : « Mais vous êtes cinglés ?! Ça va pas ?? Vous savez qui c’était, l’abbé Vincent ? Vous êtes complètement fous, il est pas saint, ce gars-là ! Vous savez ce qu’il balançait dans ses homélies ? Vous savez ce qu’il disait dans des réunions ? Vous savez ce qu’il balançait dans la rue, parfois ? Mais moi j’ai encore des phrases en travers de la gorge ! Saint, lui, mais des chôôses pareilles !! »

 

Et pourtant, tout comme vous, j’ai vocation à la sainteté. J’ai plus de travail que vous, je crois, mais j’ai vocation à la sainteté et vous l’avez aussi.

 

Et il se trouve que, parmi les plus grands saints, il y a de très grands pécheurs. Prenez le plus connu, Pierre. On ne peut pas dire que Pierre n’était pas saint, c’est un des premiers de la liste, et un des plus importants ! Enfin, c’est quand même celui qui a renié le Christ, hein… trois fois… comme péché, ça se pose-là !

 

La sainteté, ce n’est pas être parfait dans toute sa vie. Etre déclaré saint par l’Eglise, c’est l’Eglise qui dit de vous : « Cette personne a fait quelque chose de remarquable dans sa vie, et on peut prendre exemple sur elle. »

 

C’est ça, un saint ou une sainte : un exemple. Et ça ne veut pas dire qu’il n’a pas fait d’autres choses un peu moins bonnes dans sa vie.

 

La petite Thérèse, le Curé d’Ars, Saint François d’Assise, Sainte Claire, Saint Dominique, Saint Thomas d’Aquin, avaient tous leurs défauts. TOUS !

 

Eux et tous ceux que nous chanterons tout à l’heure dans la litanie des saints. Ils ont tous leurs défauts, et tant mieux ! Ils sont humains. C’est pour ça que nous aussi, nous sommes appelés à les suivre.

 

Nous sommes TOUS appelés à la sainteté et – autre bonne nouvelle des textes que nous avons entendus aujourd’hui – nous sommes tous appelés à être sauvés.

 

C’est la première lecture qui nous le disait. Mais pour ça il faut quelques clés, parce que l’Apocalypse est un texte codé. Et si on n’a pas les clés on peut avoir de la peine à comprendre…

 

L’Apocalypse nous disait que le nombre des sauvés est de 144’000. Et vous avez parfois les Témoins de Jéhovah qui viennent frapper à nos portes en nous disant : « Est-ce que vous ferez partie des 144’000 ??? ».

 

Et je leur réponds toujours : « Oui, oui ! Oui, oui, on en fait partie, vous aussi d’ailleurs ! »

 

144.000, c’est 12 fois 12 fois 1000. Et dans la Bible, les chiffres sont codés.

 

12, on nous dit que c’est l’ensemble des tribus d’Israël. Israël, c’est le peuple de Dieu, les enfants de Dieu. Vous êtes tous enfants de Dieu. Et 12 signifie l’universalité.

 

12, c’est l’ensemble des enfants de Dieu sur toute la planète, ça fait déjà du monde, hein !

 

…fois 12, ça veut dire qu’ils se multiplient par eux-mêmes. Lorsque vous vous multipliez, ça fait des descendants.

 

12 fois 12, c’est l’ensemble des enfants de Dieu sur la planète et tous leurs descendants. Ça fait du monde !

 

Et on rajoute « fois 1000 » ! Et dans la Bible, 1000 c’est la multitude que personne ne peut dénombrer, c’est l’infini.

 

Le nombre des sauvés, chers Amis ? L’ensemble des enfants de Dieu sur la planète, tous leurs descendants, et le tout multiplié à l’infini ! Quand on a les clés, ça change hein !

 

Vous le direz, si les témoins de Jéhovah reviennent chez vous un jour, vous leur expliquerez.

 

Dieu veut tous nous sauver, tous.

 

C’est pour cela qu’en deuxième lecture, l’auteur de la lettre de St Jean disait : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. »

 

Nous faisons partie du premier « 12 », nous sommes enfants de Dieu.

 

Et Saint Jean continuait en disait « quiconque espère en Lui ainsi se rend pur comme Lui-même est pur… » c’est-à-dire peut être sauvé.

 

En y repensant, j’aurais envie de dire à la petite dame – la petite dame que mon langage un peu fort avait tellement choquée – j’aurais envie de lui dire : « Madame, je ne suis pas un saint. Vous non plus d’ailleurs. Tant mieux. Nous avons vocation vous et moi à la sainteté. C’est même notre plus belle vocation commune. Alors aidons-nous, vous et moi ! »

 

Aidons-nous les uns les autres à devenir saints, plutôt que de nous critiquer.

 

Aidons-nous sur le chemin de la sainteté, parce que nous y avons tous notre place. Et pensons-y tout spécialement en cette Fête de Tous les Saints. Pensons que chaque personne dont nous croiserons le visage aujourd’hui est elle aussi appelée à la sainteté. Et que nous pouvons l’aider en suivant nous aussi notre chemin de sainteté. Pensons-y et aidons-nous sur ce beau chemin pour devenir un jour saintes, saints.

 

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Villaz, mardi 31 octobre 2017, 19.30

Hérémence, mercredi 1er novembre 2017, 10.00 (version enregistrée)

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