Photo DR : aletheia.eklablog.fr
Homélie pour le 5e dimanche Carême, A
Ezékiel 37,12-34 / Psaume 129 / Romains 8,8-11 / Jean 11,1-45
Chers Amis,
Oui, la rumeur que vous entendez un peu partout est vraie. Le diocèse nous a demandé, à Gérald Voide et à moi-même, de reprendre chacun un poste de curé dans deux autres vallées de notre diocèse.
Ce sacrifice que le diocèse nous demande – et vous demande – nous l’accomplissons à la fois dans la tristesse de partir loin de vous, mais aussi dans la joie de notre vie librement donnée à Dieu et aux personnes qu’il nous confie.
Notre vie de prêtre ne nous appartient pas, elle est donnée. Vos prêtres ne vous appartiennent pas non plus, ils vous sont confiés pour un temps, vous le savez bien.
Néanmoins, c’est difficile pour vous. Et pour nous aussi, vous savez. Depuis quelques jours, je suis touché par les petits mots, les petites attentions, les messages que je reçois.
Certains de vous m’ont parlé de deuil. Et il y a toujours un peu de cela quand un prêtre s’en va. Il y a de la colère aussi, chez certains. C’est une réaction humaine. « Pourquoi ? » est un mot que j’ai beaucoup entendu.
Tout le monde prie pour les vocations, tout le monde veut des prêtres, « mais surtout pas dans ma famille, hein !« … La réponse est pourquoi n’est pas à aller chercher plus loin.
Du coup, les lectures de ce week-end prennent une dimension toute particulière.
« Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur ! » disait le psaume. Et l’Evangile nous parlait lui aussi d’un grand deuil, la célèbre histoire de Lazare.
Et je me disais, en préparant cette homélie, que nous sommes un peu des Lazare, Gérald et moi-même. Nous avons à mourir de vous. Et vous êtes un peu Marthe et Marie, chagrinés par ce deuil, réagissant aussi avec colère envers Jésus. « Si tu avais été là, il serait encore vivant ! » s’écrient les deux femmes vis-à-vis de Jésus.
« Moi, je n’irai plus à la messe. » me disait un paroissien, dans une réaction de colère. Je sais bien qu’il y retournera, et que sa réaction n’est que vive sur le moment, c’est humain.
Dieu sait si je comprends la colère, moi qui suis si souvent colérique.
Ceci dit… j’espère bien que vous ne venez pas à la messe pour Gérald ou pour moi, chers Amis !
On vient à la messe pour recevoir le Christ, avant tout, et être nourri de la Parole de Dieu. Peu importe qui sert ce repas, qui lit cette Parole.
Alors oui, je sais bien, ça c’est la théorie, mais en pratique vous êtes, comme nous, des êtres de chair. Nous sommes sensibles aux voix, aux sourires, aux charismes. Nous sommes humains. Et vos réactions nous touchent, profondément.
Mais St Paul, dans la deuxième lecture, nous demande de nous libérer de l’emprise de la chair. Il nous rappelle que nous devons d’abord être sous l’emprise de l’Esprit. Nous, croyants, nous sommes avant tout des êtres spirituels, et pas seulement esclaves des notions charnelles.
Or l’Esprit est le même, que Pierre célèbre ou que Judas célèbre, disaient les pères de l’Eglise. C’est toujours le Christ qui célèbre au travers de nous tous.
Et puis, si nous partons tous deux, c’est aussi pour laisser sa place à un nouveau visage puisqu’un autre prêtre viendra compléter votre équipe. Un homme merveilleux, profondément spirituel, que je confie déjà à votre prière. Il travaillera avec Laurent et Rémy pour qui je prie aussi, parce que ce n’est pas simple non plus pour eux de vivre cette décision, ce deuil.
Le Seigneur, je le sais, ouvrira ce tombeau dans lequel nos communautés plongent ces jours. C’est le prophète Ezékiel qui le disait dans la première lecture : « Ainsi parle le Seigneur : je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir, ô mon peuple ! »
Et l’Evangile nous parle justement de la pierre ouverte du tombeau de Lazare.
Je voudrais revenir sur ce dernier point parce qu’il est très éclairant pour nous.
C’est l’abbé Bernard Miserez qui le rappelait dans sa conférence de Carême à Lens, vendredi soir : Jésus demande qu’on roule la pierre du tombeau. On proteste. Puis on ouvre. Et Jésus rend grâce à Dieu car il l’a exaucé.
Mais… pour quoi rend-il grâce ? A ce moment-là, il est permis de croire que Lazare est encore mort, seule la pierre a été enlevée. Et Jésus rend grâce ! Etonnant ! Comme le disait Bernard, Jésus rend grâce parce qu’on lui a ouvert ce tombeau ! Intéressant ! Ainsi, sans les gens qui lui ont ouvert la pierre, Jésus n’aurait pas pu demander à Lazare de sortir.
Vous remarquez que l’initiative vient de nous, les gens, et non de lui.
Appliquons ceci à notre secteur, chers Amis. Dans le tombeau de Lazare, vous mettez votre émotion de perdre deux prêtres que vous connaissiez, vos larmes sont celles de Marthe et Marie. Votre colère est là. Autorisez-la en vous. Laissez sortir, même, des phrases du type « ça ne sert plus à rien, maintenant… », c’est exactement ce que Marthe dit à Jésus : à quoi bon rouler la pierre, il est mort ! Ça ne sert plus à rien ! Avec ces phrases qui sont humaines, nous attachons notre espérance, notre foi, exactement comme les gens du village de Béthanie ont attaché le corps de Lazare, à sa mort. On s’attache. Vous vous êtes attachés à nous, et nous à vous.
Mais passé ce temps de deuil, écoutez Jésus vous demander d’ouvrir ce tombeau. Sans vous, il ne pourra rien faire. C’est à vous de rouler cette pierre pour ouvrir votre tombeau.
Ce sera à la fin de l’été, lorsque vous installerez votre nouvelle équipe pastorale, autour de notre curé Laurent. Vous y serez tous, je vous le demande.
Rouler la pierre, alors, ce sera accueillir la nouvelle équipe avec joie et hospitalité, espérance et foi. Si vous ne roulez pas cette pierre, votre deuil demeurera. Mais si vous roulez cette pierre comme le Christ vous le demande, alors il rendra grâce pour votre foi, votre audace, et il sera capable de ressusciter votre deuil pour en tirer un nouveau chemin de lumière, comme il l’a fait avec Lazare.
A Gérald et à moi-même, il criera « Lazare, viens dehors ! » Nous sortirons de notre deuil, nous irons là où il nous demande d’aller. Vivants, et joyeux de le servir. Et comme à la fin de l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus vous dira à vous : « Déliez-les. Laissez-les s’en aller. »
A vous, ce jour-là, d’ôter ces attaches qui nous relient les uns aux autres. A vous alors de nous délier, et de nous laisser aller.
Que l’histoire de Lazare soit notre espérance dans ce que nous traversons, chers Amis. C’est ma joie profonde et je souhaite que ce soit la vôtre aussi.
___________________________________________
Champzabé, samedi 5 avril 2014, 18.30 (raccourcie)
Ollon, dimanche 6 avril 2014, 9.00







Laisser un commentaire